lettre à celui qui m’a appris à vivre
Mon fils, tu es né le 9 mai 2009. Voilà 17 ans que je t’ai donné la vie.
Le chiffre 9 est très présent autour de toi. Dans notre judaïsme, le 9 représente la vérité et la perfection. La vérité, c’est que ta naissance est un cadeau du ciel — malgré les histoires et les paroles dures que tu as pu entendre dans mon ventre. Tu restes un enfant désiré, le fruit d’un amour inconditionnel. Et la perfection… tu es la perfection, comme chaque enfant dans les yeux d’une mère.
Ta naissance, entre joie et peur
Nous avons un lien fusionnel. En te donnant la vie, j’ai failli perdre la mienne. Tu es venu par césarienne en urgence, et j’ai fait une infection après t’avoir mis au monde. Heureusement, mon heure n’était pas venue.
Ta naissance a été un rayon de soleil, une joie immense — pour nous, tes parents, mais aussi pour ton grand-père maternel. Tu fus le fils que papi espérait. Son petit roi, comme il t’appelait. Il n’acceptait aucun faux pas — tu devais être parfait. Sauf que la perfection n’existe pas. Il était ton complice dans les bêtises, mais aussi une autorité quand la situation m’échappait.
Aujourd’hui, ni papi ni mamie ne sont là pour tes 17 printemps. Le temps passe. Le vide reste vide. Mais la vie continue.
Le 9 octobre 2009 — la bascule
Ta naissance a été un jour heureux. Et pourtant, 5 mois après, le 9 octobre 2009, tout a basculé. L’accident de maman. La fin d’un cycle et le commencement d’un autre. On a dit stop à la légèreté, et on a construit jour après jour — avec la peur au ventre que tout vole en éclats.
16 ans de vie d’aidante. 16 ans où tu as dû me partager avec papi et mamie, parce que mon univers ne tournait qu’autour de leur confort. Je ne regrette rien. Ce cadeau de la vie, même mal emballé, t’a permis de grandir, de prendre de la hauteur, et surtout d’acquérir des valeurs — et peut-être, je l’espère, le sens du mot famille.
Tu grandis, et moi je lâche
Aujourd’hui, mon cœur de maman s’interroge. Tu grandis de jour en jour. Tu deviens plus ou moins mature, et tu cours après les filles. Ton grand-père te dirait : « Profite, mon petit roi, tu as bien le temps pour les relations sérieuses. »
J’ai envie de te dire la même chose. Mais le temps passe vite. Et moi, je suis plutôt team vie, team moment présent — parce que la vie, c’est ici et maintenant. Les projets de vie à deux, c’est pour beaucoup plus tard. D’abord les études, le boulot, les amis. Profite de la vie, mon fils, car tu sais qu’elle est courte. Ce qui nous fait nous sentir vivants, c’est d’avoir des projets et des rêves.
La louve protectrice
Je sais que parfois je suis une louve protectrice qui a du mal à lâcher du lest. Pas parce que je veux te garder à jamais sous mon aile — quoique. Je suis protectrice parce que je connais les faiblesses de l’homme, et je ressens les choses avant même qu’elles arrivent. C’est le sixième sens d’une mère juive.
Premierement je réalise que tu grandis trop vite. Puis je me souviens de papi qui te donnait un billet de 50€ parce que tu avais déféqué dans le pot — et maintenant te voilà à 17 ans. Finalement je n’ai pas vu le temps passer.
Tu as tes secrets. Tu me dis ce que j’ai envie d’entendre. Mais au plus profond de mes entrailles, c’est warning à toute balle. La peur, l’ego, la jalousie aussi peut-être — de devoir te partager. Il va falloir que je travaille sur cette version de moi-même, pour ne pas te saboter et ne pas créer du conflit là où il n’y a pas lieu d’en avoir.
Cette année, je célèbre doublement
J’ai peur de cette bulle que tu crées, où tu t’isoles de ta vie sociale. Mais il est temps que j’accepte que tu grandisses — même si cela me ronge les sangs.
Aujourd’hui, c’est un grand jour. Nous célébrons ta vie. Et cette année, c’est double — je sors du deuil et je célèbre doublement la vie.
Je te souhaite, mon fils, de toujours communiquer avec ta tête, ton corps et ton cœur. D’être aligné, toujours dans le respect de tes valeurs — sans jamais les changer pour plaire à l’autre. Sois heureux dans ta vie. Continue d’être curieux. Et garde-moi toujours la première place dans ton cœur.
Je t’aime, mon fils. Joyeux anniversaire. 🌿
— Déborah
👉 Pour aller plus loin : Ado HPI et mensonge par omission — ce que vivent vraiment les mères


