Nous sommes au mois de Nissan, le mois de la délivrance. Le mois où nous choisissons de vivre, et non de survivre. Celui où nous sortons d’Égypte, où nous posons les chaînes que nous avons portées, souvent sans même le savoir.

Moi, je suis en France. Et pourtant, cette année, les fêtes ont un goût amer.


La tête encore là-bas

Libérée depuis presque un an de mon rôle d’aidante, j’ai toujours un pied en avant et la tête dans mes pensées — à me demander si ma mamounette est en forme aujourd’hui, si elle a le sourire. Mon esprit la cherche encore dans tous les recoins : son odeur, la douceur de sa peau, son sourire coquin, les yeux remplis d’étoiles quand elle me répondait « non » toutes les trois, dès que je lui disais : « Maman, dis la vérité, je suis ta fille préférée. »

Chaque année à Pessah, je me hâtais en cuisine pour préparer des douceurs pour elle et papa. Après la perte de papa, j’ai cuisiné beaucoup moins — ces douceurs me remplissaient de tristesse et d’amertume. C’est dingue comme ce qui était sucré, ce qu’on kiffait autour d’une table, un café tous ensemble, peut devenir aussi insipide et amer.


Ce dernier Pessah

Je me souviens de ce dernier Pessah préparé à tes côtés, mamounette. Tu étais très fatiguée — mais ça ne datait pas d’hier. Je me disais que si tu tenais jusqu’à Pessah, on était bien. Puis je me rassurais : « Mais non, aucun rapport. Tu es ma mamounette invincible, une kiffeuse de la vie, tu vas vivre jusqu’à 120 ans. »

C’est drôle comme on peut être adulte, épouse, mère — et rester aussi candide, croire que certaines personnes sont éternelles.

Ce Pessah-là, tu étais si heureuse. Les étoiles plein les yeux, tu ne voulais surtout pas aller dormir. J’aurais voulu arrêter le temps ce soir-là. Ne jamais te laisser partir rejoindre ton cher et tendre.


Libre et prisonnière à la fois

Chaque année à la même période, nous sortons d’Égypte. Nous demandons à Hachem de nous accompagner dans cette grande traversée — de nous aider à déposer les maux et le poids qui nous empêchent d’avancer.

Cette année, je n’ai pas la sensation d’être prisonnière d’une situation que j’aurais choisie. Mais je me sens libre et enchaînée à la fois — enchaînée à une réalité subie, à une absence que je n’ai pas voulue.

Depuis que vous n’êtes plus là, la vie n’a plus tout à fait le même goût. Chaque jour, je lève les yeux au ciel en me demandant si vous êtes là, si vous me voyez. Je cherche le moindre signe. Je me raccroche à tout ce qui me rappelle à quel point la vie était sucrée et sécurisante à vos côtés.

J’aimerais guérir mon cœur meurtri. J’aimerais me dire que le vide sera moins vide au fil des années, que je suis assez forte pour porter ça. J’aimerais promettre à mes enfants d’être toujours là — mais je suis forcée d’être honnête : un jour, je viendrai vous rejoindre. Alors je leur transmets ce que vous m’avez donné : l’amour inconditionnel, la bienveillance, l’empathie. Faire passer sa famille avant tout le reste.

J’aimerais croire que cette année, les malades seront guéris, que le peuple d’Israël sera enfin libre de vivre en paix. J’aimerais être encore une enfant qui croit aux contes de fées, où le bien triomphe toujours. J’aimerais que cette année, Hachem nous élève, nous tienne debout, en santé et en paix.


Mon Égypte d’aujourd’hui

Mon Égypte à moi, cette année, elle a un nom : la peur.

J’ai foi en l’humanité, en l’autre, en ce que les gens portent en eux. Mais je doute profondément de ce que mon âme et mon corps peuvent révéler. Je ressens les choses avant même qu’elles se produisent : j’ai un instinct très développé, auquel je ne me fie pas assez. Tout d’abord, par peur. Ensuite, par peur de me tromper. Puis, par peur de ne pas être à la hauteur. Peur de ne pas le mériter.

Le coaching m’a accompagnée à trouver ma place et mon droit à l’existence en tant que femme. Millimètre par millimètre, j’ai cessé d’être la sauveuse du monde entier. J’apprends chaque jour à me prioriser, à être actrice de ma vie.

Et, pourtant. Depuis le décès de papa, il y a moins de trois ans, je me suis oubliée — pour le bien-être de maman. Mais, c’était aussi une façon de ne pas affronter mes peurs. Je me refusais d’être libre, sous couvert d’utilité, sous couvert d’amour. Je m’autorisais à attendre.

Maintenant qu’elle n’est plus là, je me remets en marche. Je me fais naître une nouvelle fois — dans mon désir d’accompagner les femmes qui se sont, elles aussi, un peu oubliées.

Il n’y a pas de honte à avoir face à cette Égypte intérieure. Elle ne remet pas en doute mes compétences. Elle dit simplement que je suis humaine.


À ta mémoire

Ces préparatifs de Pessah, je les fais le cœur lourd, la larme à l’œil, la poitrine serrée. Je me tiens debout malgré la douleur — physique et profonde — pour faire de ma table de Pessah un grand moment de joie et de retrouvailles, à votre mémoire, mes chers parents.

Chaque douceur que je prépare depuis lundi, c’est pour toi, papa. Chaque plat cuisiné comme tu me l’as appris, c’est pour toi, maman — en espérant que tu sois fière de la femme que je suis devenue.

Qu’Hachem nous élève, nous tienne debout, en santé et en paix. Et, que nous soyons, tous, un peu plus libres.


Une coach, à la fin d’une année de deuil.


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Deborah Gabay – DeboCoach

Deborah Gabay – DeboCoach

Coach pour femmes en transition, j’accompagne celles qui se sont oubliées à se retrouver, se relever et oser changer.

Beaucoup de femmes arrivent en se disant simplement : « Je ne me reconnais plus. »
Surcharge mentale, perte de sens, séparation… ces moments de bascule sont souvent le début d’un chemin vers soi.

À travers mes accompagnements, je propose un espace pour déposer ce qui pèse, retrouver de la clarté et reprendre sa place dans sa propre vie.

Avec lucidité, bienveillance… et des paillettes de résilience.
J'accompagne les super-héroïnes du quotidien à devenir leur priorité numéro un, avec un coaching qui décoiffe, du fun et des paillettes.

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