Petits bonheurs du quotidien : comment les retrouver après l’épreuve
Qu’est-ce que le bonheur, vraiment ?
Le bonheur est l’un des mots les plus utilisés — et les moins définis. Les dictionnaires en donnent une version froide. Les philosophes en débattent depuis des siècles.
Ma définition à moi ? Le bonheur est subjectif, comme la beauté. Il est propre à chacune, selon sa carte du monde et sa perception. Il n’est pas palpable. C’est une émotion qui se traduit par un sourire, une chaleur dans la poitrine, un moment de paix inattendu.
Et, parfois, il suffit d’être entourée de personnes qui nous font du bien.
Ce que je sais, après des années d’épreuves et de reconstruction, c’est que retrouver le goût de vivre après une perte ne se commande pas. Ça ne s’impose pas non plus. « Ces petits bonheurs du quotidien reviennent — doucement, en miettes… » — Quand on apprend à accueillir ce qui est là, plutôt qu’à fuir ce qui fait mal.
Quand la vie prend tout
Depuis 2009, la difficulté s’est installée dans ma vie. La perte de l’autonomie de ma maman. Puis la pandémie. L’isolement. Le deuil de ma grand-mère à 99 ans, sans pouvoir lui tenir la main : le COVID en avait décidé ainsi.
Et, puis, le 11 décembre 2022, c’est mon papa qui est parti.
Quand les épreuves s’enchaînent, quelque chose se durcit en nous. Une amertume. Un sentiment d’injustice. Ce que j’appelle mon « passager noir » qui prend de la place, s’installe dans le canapé et refuse de partir.
Porter le deuil, c’est aussi perdre le peu de paillettes qui nous restaient dans les yeux.
Et, pourtant. La vie continue de nous envoyer des signaux. Petits. Discrets. Presque invisibles quand on est dans le brouillard du chagrin.
Le deuil : un chemin balisé, pas un gouffre sans fond
Dans la tradition juive, le deuil ne s’improvise pas. Il est structuré, cadré, presque millimétré — et c’est précisément ce qui le rend traversable.
Il commence par la Shiva — ces sept jours qui suivent la mise en terre. Sept jours pendant lesquels on reste assis à même le sol, vêtue du vêtement déchiré du cimetière, dispensée de cuisiner, de se coiffer, de faire semblant. L’entourage — connu et inconnu — vient à nous. Il partage notre douleur, apporte la nourriture, prie pour l’élévation de l’âme du défunt. On est portée. Littéralement.
Passée cette semaine, on jette le vêtement troué. On reprend le travail, la maison, le quotidien. Ce n’est pas un effacement — c’est un passage. On célèbre ce premier mois avec une séouda, un repas de partage, une façon d’honorer la mémoire en réunissant ceux qu’on aime.
Puis viennent les onze mois suivants. On est toujours en deuil – mais dans une phase de reconstruction. On réapprend à vivre sans. D’abord, pas de musique. Puis pas de festivités. Pas d’achats superflus. Le superflu est mis de côté pour mieux se concentrer sur l’essentiel : traverser. Avancer. Millimètre par millimètre.
Ce cadre-là, je l’ai vécu de l’intérieur. Et, je peux vous dire qu’il est autant difficile que libérateur — parce qu’il nomme les étapes au lieu de les laisser nous submerger dans le chaos.
Ce qu’on croit à tort sur le bonheur après l’épreuve
Avant d’aller plus loin, je veux démystifier trois idées reçues qui nous empêchent d’avancer.
« Aller mieux, c’est trahir ceux qu’on a perdus. » Non. Aller mieux, c’est honorer leur mémoire. C’est choisir la vie — et ils auraient voulu ça pour vous.
« Le bonheur reviendra d’un coup, un matin. » Non. Il revient en miettes. Un éclat de rire inattendu. Un rayon de soleil sur la joue. Un dîner qui dure trop longtemps et qu’on ne veut pas voir finir. C’est ça, les petits bonheurs du quotidien — et ils comptent infiniment.
« Il faut être forte. » Non. Il faut être vrai. La force, ça vient après. Pas avant.
Le sentiment d’injustice : une émotion qui veut nous protéger
J’ai appris avec le temps que ce sentiment d’injustice n’est pas un ennemi. C’est une émotion qui est là pour nous rendre plus fortes, plus justes avec nous-mêmes.
Le deuil traverse plusieurs visages. D’abord, le déni : ce sentiment que c’est un cauchemar dont on va se réveiller. Puis l’euphorie — ce mécanisme inconscient d’oubli qui nous protège temporairement. Et, enfin, la détresse : la pleine conscience de ce qui s’est passé, de ce qui manque, de ce que la vie ne sera plus jamais tout à fait pareille.
C’est seulement après avoir traversé ces vagues-là qu’on peut commencer à se relever. Vraiment. Pas en niant. Pas en fuyant. En traversant.
Le soir où les petits bonheurs sont revenus
Hier soir, pour la première fois depuis que mon père est parti, je n’ai pas sombré dans les larmes.
Nous avons fait la fête jusqu’à 1 h 30 du matin. Maman est partie dormir à minuit, comme Cendrillon. Et, moi, j’étais presque bien. J’ai savouré chaque seconde comme si c’était la dernière.
Reprendre le dessus sur ce goût amer nous a fait un bien immense.
Je pouvais sentir sa bénédiction dans le sourire illuminé de maman.
C’est ça, le bonheur. Se rappeler à quel point la vie est belle quand on accueille ses émotions.
5 signes que quelque chose se réveille en vous
Parfois on n’attend pas le bon signal. On attend quelque chose de fort. Une révélation. Mais, la reconstruction est silencieuse. Voici quelques signes subtils que quelque chose se réveille — même timidement :
- Vous avez ri. Ri à quelque chose d’anodin
- Vous avez eu envie de quelque chose : un plat, une sortie, une conversation
- Vous avez pensé à l’avenir, même une fraction de seconde, sans que ça vous angoisse
- Vous avez eu une bonne nuit, et vous l’avez remarqué
- Vous avez eu envie de prendre soin de vous : un bain, une promenade, rien de grand
Ce sont ces miettes-là qui forment, avec le temps, un pain entier.
Comment retrouver les petits bonheurs du quotidien après une épreuve
Vous traversez peut-être, vous aussi, une période difficile. Un deuil, une séparation, un épuisement profond. Ainsi, ces petits bonheurs semblent loin, presque inaccessibles.
Voici ce que j’ai appris, et ce que j’accompagne chez les femmes que je guide :
1. Accueillez ce qui est là Ne combattez pas la tristesse. Elle fait partie du chemin. Quand une émotion monte, levez les yeux. Pas pour fuir — pour lâcher. C’est là-haut que se trouvent souvent les réponses à nos maux, quand on arrête de chercher avec la tête et qu’on laisse le cœur souffler.
2. Écrivez tout ce qui passe — pas un journal intime soigné, pas de belles phrases. Juste vider. Tout ce qui tourne dans la tête, tout ce qui pèse, tout ce qui n’ose pas se dire à voix haute : couchez-le sur le papier. C’est en libérant la charge mentale qu’on prend conscience de ce qu’on a traversé. Et, de ce qu’on a surmonté. Vos victoires sont là, écrites noir sur blanc : elles méritent d’être vues.
3. Ne cherchez pas le grand bonheur : cherchez le petit. Un café chaud. Un rayon de soleil. Un éclat de rire inattendu. Le bonheur après l’épreuve ne revient pas en fanfare. Il revient en chuchotant. Apprenez à tendre l’oreille.
4. Entourez-vous de ceux qui vous font du bien. La joie est contagieuse, même en petites doses. Identifiez les personnes dans votre vie qui vous laissent plus légère après les avoir vues — et rapprochez-vous d’elles. Éloignez-vous, autant que possible, de celles qui vous plombent sans s’en apercevoir.
5. Donnez-vous la permission d’aller mieux sans culpabilité. Sans trahison envers ceux qu’on a perdus. Aller mieux n’est pas oublier. C’est continuer. Et continuer, c’est le plus beau des hommages.
Questions fréquentes
Est-ce normal de se sentir coupable d’aller mieux après un deuil ? Oui, c’est très fréquent — et c’est humain. Cette culpabilité est souvent une forme d’amour mal orienté. Aller mieux ne signifie pas aimer moins. Ça signifie choisir la vie, ce que la personne disparue aurait voulu pour vous.
Combien de temps faut-il pour retrouver le goût de vivre après une épreuve ? Il n’y a pas de délai universel. Chaque deuil est unique, chaque reconstruction aussi. Dans la tradition juive, on parle d’un an — pas comme une limite, mais comme un cadre. Un an pour traverser toutes les premières fois sans l’autre. Le premier anniversaire, la première fête, le premier été. Ce qui compte, ce n’est pas la vitesse — c’est la direction. Tant qu’on avance, même d’un millimètre, on est sur le bon chemin.
Comment retrouver la joie au quotidien quand on est épuisée ? En commençant infiniment petit. Pas un projet de vie. Pas une transformation. Une page blanche et un stylo. Un quart d’heure de silence. Un regard vers le ciel. Les petits bonheurs du quotidien se trouvent là — dans l’infime, pas dans le grandiose.
👉 Et si vous vous demandez comment passer du chagrin à l’action — cet article est fait pour vous.
Et si vous n’y arrivez pas seule ?
Parfois, retrouver les petits bonheurs du quotidien demande un espace pour déposer ce qui pèse. Un regard extérieur. Une main pour tenir debout.
Ce n’est pas une faiblesse. C’est une intelligence.
C’est exactement ce que je propose dans mon accompagnement pour femmes en transition : repartir de ce qui vous reste, pour reconstruire ce qui vous ressemble — avec lucidité, bienveillance, et des paillettes de résilience. ✨
