Trois mois que je suis orpheline
Être aidant familial, c’est aimer jusqu’au bout, mais c’est aussi risquer de s’oublier. Depuis trois mois, je vis ce rôle et ce deuil.
Cela ne fait que trois mois que je suis orpheline.
J’ai perdu mon père en décembre 2022. Puis ma maman en avril 2025.
Trois mois seulement que je vis avec ce silence.
Trois mois que j’essaie de réapprendre à respirer.
Aidant familial : après la mort de papa
Après le décès de papa, maman est venue vivre chez nous quelques mois.
Mais, faute de place, de soutien et de ressources psychologiques, j’ai dû la placer en EHPAD.
Ce n’était pas un choix de cœur.
C’était une nécessité.
Maman avait fait un double AVC en 2009.
Elle était lourdement handicapée, dépendante pour tout.
Et quand on devient aidant familial, on comprend vite que ce n’est pas seulement du soin physique.
C’est une charge mentale constante. Un état de vigilance permanent.
Quand on devient aidant familial d’une personne ayant subi un AVC, on se sent souvent seul face à l’ampleur de la tâche. Des associations comme France AVC offrent de l’information, du soutien et des ressources précieuses pour les proches aidants.
La première année après la mort de papa, maman semblait encore “là”.
Elle souriait. Elle se laissait aimer.
Comme si une partie d’elle n’avait pas encore compris qu’il ne reviendrait pas.
Aidant familial et charge mentale
Je m’en souviens comme si c’était hier.
J’étais en train de peindre. Un rare moment pour moi.
Puis le téléphone a sonné.
La voix de l’auxiliaire tremblait :
« Débo, ta mère, ça ne va pas. Elle se laisse tomber, elle n’arrive plus à rester éveillée. »
Une peur viscérale m’a traversée.
La peur de la perdre.
La peur d’être seule.
À l’EHPAD, j’ai revécu un flash violent :
Octobre 2009. Son premier coma.
Je l’appelais. Je la secouais. Elle ne réagissait pas.
Les aides-soignantes disaient :
« Elle est juste fatiguée… »
Mais je savais.
Ce n’était pas ça.
Aidant familial face à la fin de vie
Ce n’était pas un AVC, mais une crise épileptique post-AVC.
Avec le traitement, elle a repris un peu de présence.
Elle parlait mieux. Elle était plus éveillée.
J’y ai cru.
Puis sont arrivées les sautes d’humeur.
Et surtout cette phrase, encore et encore :
« Je veux voir papa. Je veux le rejoindre. »
Je l’entendais.
Elle n’avait plus envie de continuer sans lui.
Je savais que la fin approchait
En septembre 2024, les traitements ont changé.
Chaque augmentation la rendait plus faible.
Elle tombait. Mangeait moins. S’éteignait doucement.
Je disais à mes sœurs :
« Si elle tient jusqu’à Pessah, ce sera déjà bien. Elle ne passera pas 2025. »
Je le sentais dans mon corps.
Pessah, comme un dernier cadeau
J’ai organisé Pessah cette année-là. En grand.
Une table pleine d’amour, de rires, de bienveillance.
Maman était lumineuse. Presque euphorique.
Je savais.
Je savourais chaque seconde.
Cette nuit-là, elle ne voulait pas se coucher.
Comme si elle voulait retenir le temps.
Comme si elle savait.
Les derniers mots
Après Pessah, elle était fatiguée.
Elle toussait.
Je voulais l’emmener à l’hôpital.
Elle me disait :
« Non… je vais voir papa. »
Un jour, elle m’a tendu ses bracelets :
« C’est pour les enfants. Je pars. Je ne reviens pas. »
J’ai essayé de la retenir avec des mots.
Comme j’avais essayé de retenir papa.
Le départ
Le 17 avril, elle respirait mal.
Elle a accepté l’hôpital.
Le samedi, elle m’a regardée et a dit :
« Ça y est. Je vais voir papa. Je ne reviens pas. »
Elle est partie dans la nuit.
Paisible. Lumineuse.
Comme soulagée.
Être aidant familial sans s’oublier
Être aidant, c’est aimer jusqu’au bout.
Mais c’est aussi s’effacer.
J’ai tout donné pour mes parents.
Et, sans le vouloir, j’ai aussi imposé ce poids à mes enfants et à mon mari.
Ils ont grandi avec la maladie, la fragilité, la finitude.
Ils ont appris l’empathie… mais aussi la lourdeur.
Et pourtant, je n’ai aucun regret.
Et toi ?
Peut-être que toi aussi tu es aidante.
Peut-être que toi aussi tu t’épuises en silence.
Tu as le droit d’exister.
Tu as le droit de te préserver.
On peut aimer l’autre sans se perdre soi-même.
Si tu as besoin d’en parler, je suis là.
Et si tu veux être accompagnée pour retrouver ton équilibre, je peux t’aider 🤍

