Le blâme mutuel : décortiquer notre tendance à pointer du doigt
Le conflit et la résilience sont au cœur de nos relations, et le blâme mutuel est cette tendance humaine à pointer l’autre quand quelque chose ne va pas. Qui ne s’est jamais disputé avec quelqu’un en se disant, ouvertement et en pleine conscience :
« C’est sa faute, c’est à lui de changer » ?
Pour ma part, je me souviens que, quand j’étais gamine, mes parents se disputaient tout le temps.
Les sujets de discorde étaient très ciblés : la famille, l’éducation, les finances.
Mon père avait perdu sa mère. Forcément, le sujet était sensible. Alors, chaque fois que maman voulait voir ou téléphoner à sa propre mère…
Bim.
C’était le conflit sans résilience.
À l’époque je n’ai jamais vraiment compris pourquoi. Ni su l’expliquer.
Et toi…
Ça te parle ?
Du conflit à la résilience : une odyssée personnelle
Mon père disait toujours que tout était la faute de ma grand-mère. De son côté, elle nous racontait exactement l’inverse.
C’était donc, selon elle, la faute de notre père. Ainsi, chacun restait campé sur sa version, pris dans ce conflit mutuel qui empêchait toute résilience. Ce parcours entre conflit et résilience a profondément façonné ma manière d’aimer, de communiquer et de me relier aux autres.
Au final, la seule chose que je retiens réellement, c’est qu’il m’a fallu attendre l’âge de 18 ans pour pouvoir rendre visite à ma grand-mère, à Nice.
À chaque fois, lorsque je prenais mes billets pour partir, j’avais droit à la crise de papa :
« Pourquoi tu lui donnes autant d’importance, après tout ce qu’elle m’a fait ? »
Pourtant, j’avais beau lui dire qu’il fallait regarder devant et non derrière, il peinait énormément à lâcher prise.
Et, encore plus, à pardonner.
Résultat : ce conflit a été coûteux. Inutile. Ni l’un ni l’autre ne se posait la question du ressenti de l’autre.
Encore moins celle de l’effort d’entente qu’ils auraient pu faire, par amour inconditionnel pour une épouse… et pour une fille.
Voici comment ce cercle de reproches est devenu le début d’une longue transformation entre conflit et résilience. Mais c’est surtout devenu une prise de conscience essentielle :
Dépasser le simple blâme mutuel est souvent la seule voie pour construire des relations plus saines.
Dans ce chemin entre conflit et résilience, j’ai compris que la paix ne vient pas de l’ego mais de l’écoute.
Éclosion par l’acceptation et la résilience
Chaque famille traverse, à sa manière, des cycles de conflit et de résilience
Dans chaque dispute, dans chaque conflit, il y a des divergences qui nous peinent. Personne n’aime se disputer avec quelqu’un qu’il aime.
Mon père et ma grand-mère ont passé beaucoup de temps à se détester, à se juger, et à prendre maman et nous en otage.
Cependant il aura fallu l’accident de maman pour que mon père baisse enfin sa garde et accepte d’apaiser sa rancœur envers ma grand-mère.
Je trouve cette situation profondément coûteuse et triste.
Le temps passé à chercher qui a tort ou raison est un temps irrécupérable.
Si chacun avait accepté de communiquer, de verbaliser, l’énergie mise dans la haine aurait peut-être pu se transformer en moments précieux en famille.
S’il y a une chose que cette expérience m’a apprise, c’est que la vie est bien trop courte pour ne pas dire ce qui dérange.
As-tu déjà transformé un conflit en opportunité ?
De la résilience au lâcher-prise : vers l’authenticité
Lorsque j’accepte la différence, j’embrasse aussi la possibilité d’être contrariée ou touchée par certains propos.
Même quand ils sont involontaires, ils peuvent blesser. Pourtant, cet accueil est un acte profondément libérateur.
Il décharge mon esprit d’un poids.
Je me libère d’abord de l’obligation de jouer un rôle qui n’est pas le mien.
Puis je retrouve mon authenticité, dans cet équilibre délicat entre devoir, respect et liberté intérieure.
Grâce à cette résilience, je peux rester fidèle à moi-même. Je choisis consciemment mes coûts et mes bénéfices,
sans me renier, sans me trahir.
Ajuster sa verbalisation avec son écosystème
Une fois que tu atteins ton point d’équilibre entre devoir et obligation, et que tu commences à écouter ton corps,
tu deviens naturellement plus enclin à te questionner… et à expérimenter.
Je suis mariée, j’ai deux enfants, et je suis un peu « maniaco-dépressive » du rangement.
Je tolère mon bazar.
Mais pas celui des autres.
Il faut dire que le rangement et la propreté sont aussi subjectifs que la beauté ou la justice.
Ma famille et moi n’avons pas la même définition des mots propre, rangé, organisé.
Longtemps, j’ai piqué des crises de nerfs.
Mon mari rentrait avec ses chaussures alors que je venais juste de nettoyer.
Mes enfants ne respectaient pas mon organisation. Alors, je râlais, criais, m’épuisais.
Je me racontais que, puisque moi je faisais les choses sans qu’on me le demande, c’était ça, la normalité.
Ma vision du rangement et de l’organisation était, à mes yeux, la seule valable.
Accepter la différence : de la frustration à l’équilibre familial
Pendant longtemps, j’ai cru que ma vision était universelle et que les autres devaient s’y adapter.
Je me sentais tellement frustrée de ne pas être comprise que je me créais moi-même des maux…
Qui finissaient par devenir des conflits.
Puis j’ai pris conscience que, peut-être, mon comportement n’était pas toujours ajusté.
Et, que si je voulais cesser de souffrir, il fallait apprendre à faire des compromis.
Alors j’ai commencé à verbaliser ce que je souhaitais, ainsi que l’impact que cela avait sur notre foyer.
J’ai aussi écouté les doléances de ma famille, qui n’en pouvait plus de m’entendre crier sans cesse.
À force d’expérimenter et de faire des concessions, sans chercher à dénaturer l’autre,
J’ai abaissé ma ligne d’exigence…et, en retour, mon mari et mes enfants ont augmenté leur niveau d’engagement.
Un nouvel équilibre a commencé à naître.
La ligne de satisfaction : l’équilibre familial
Quand les règles sont posées et que chaque membre de la famille approuve, il devient possible de définir un point d’équilibre sur une ligne de 1 à 10.
Autrement dit, un chiffre qui devient notre point d’ancrage commun, là où chacun trouve son confort.
Pour ma part, ce point d’ancrage est le huit.
C’est ma ligne de satisfaction, ma ligne de bonheur.
Le huit est le symbole de la continuité du lien et de l’éternel recommencement.
Deux cercles parfaitement équilibrés, l’un au-dessus de l’autre.
Tout d’abord, il incarne la tolérance, le respect et, surtout, la compassion.
Puis, il invite à prendre de la hauteur et à sortir des rapports de force.
En conclusion, il n’y a plus de dominant ni de dominé, seulement des compromis pour préserver l’harmonie familiale.
Enfin, je reste profondément persuadée que la communication et la verbalisation sont à l’origine de beaucoup de nos maux.
Notre cerveau pilote nos automatismes et nourrit nos croyances.
Les mettre en mots, c’est déjà commencer à les transformer.
Une preuve à l’appui : le pèlerinage familial
Le 29 novembre 2023, ma sœur, mon fils et moi prenons le train pour Belfort afin de pèleriner pour l’année de notre père.
Nous partons très tôt le matin. Nos cœurs battent la chamade, entre peur, réjouissance et peut-être même un certain soulagement à l’idée que le chapitre se ferme enfin.
Nous arrivons à la gare TGV de Belfort, sous une neige presque irréelle, émerveillés par ce qui nous entoure.
Cependant, le temps est compté. Nous avons un train de retour en début d’après-midi.
La légèreté qui nous habitait commence alors à se transformer en panique.
Comment aller au cimetière, revenir, et ne pas rater le train ?
À ce moment-là, ma sœur et moi nous nous regardons. La même idée traverse nos esprits : faire du stop.
Mon D… alors que nous détestons ça. Nous faisons abstraction de nos croyances et de nos peurs.
Ainsi, nous montons avec une dame très gentille, qui a même changé ses plans pour nous secourir.
Alignement de soi : écouter son instinct
Quand nous montons en voiture, nous échangeons avec notre conductrice.
Nous lui parlons de notre peur de faire du stop, mais surtout de notre choix de la dépasser pour nous rendre au cimetière.
À cet instant précis, la seule chose qui nous animait, c’était de retrouver notre père dans sa nouvelle maison.
En temps normal, jamais de la vie je ne monte dans la voiture d’un inconnu. Encore moins sous la neige.
Pourtant, j’étais sereine. Je venais de battre ma peur, d’écouter mon corps et mon instinct.
Ma mission était accomplie.
Soulagées, présentes, nous retrouvons notre père, nettoyons sa tombe et profitons de ce moment d’apaisement avant de reprendre le train pour Paris. Pour le retour, tout s’enchaîne parfaitement.
Tous les voyants sont au vert. Une navette, la gare TGV… et nous embarquons.
Créer le conflit pour se soulager ?
Pour le retour, installées dans le carré famille, nous profitons du quatrième siège libre pour déposer nos affaires.
Alors que le train démarre, je discute avec ma sœur, amorçant une petite séance de coaching, comme j’aime le faire.
Elle exprime sa résistance à changer elle-même et suggère que c’est à sa famille de le faire. Une vision ancrée dans sa propre carte du monde.
Je l’invite doucement à se mettre à la place de ses proches, à ressentir ce qu’ils vivent.
Ma sœur, visiblement à bout, est sur le point d’exploser quand, soudain, je deviens la cible d’une agression verbale.
— « Vous êtes à ma place ! », lance un homme d’un ton sec.
Je ne prête pas attention à ses mots, mais je sens qu’il prépare une scène.
Le visage de ma sœur se ferme, prête à réagir comme une lionne.
Je me tourne vers lui calmement :
— « Bonjour Monsieur, en quoi puis-je vous être utile ? »
Déstabilisé, il bafouille :
— Euh… oui, bonjour… vous êtes à ma place, mais… je peux me mettre en face. »
— Non Monsieur, c’est parfait. Je vous rends votre place. »
Pour commencer, il se sent un peu ridicule. Tout le scénario qu’il avait préparé tombe à l’eau.
Il était en colère, persuadé que je réagirais avec la même énergie.
(Pris au piège, le malaise s’installe, il ne s’est pas assis de tout le voyage).
La morale est simple :
Quand on est en paix, il est très difficile de nous embarquer dans le chaos.
Avant même de chercher à ajuster la communication ou à désamorcer un conflit, il est souvent nécessaire de comprendre ce qui se joue intérieurement — notamment quand les émotions prennent le dessus.
J’en parle plus en détail dans [Quand les émotions prennent le dessus].
Parfois, rien n’est plus révélateur que de voir l’agresseur se retrouver seul face à sa propre violence.
La puissance de la paix intérieure
Avec cette expérience, j’ai pris conscience de ma métamorphose. Ainsi, j’avais quitté le conflit pour endosser la paix et la résilience.
À cet instant précis, rien pourtant ne pouvait me faire basculer du côté obscur de moi-même.
Au contraire, j’étais en paix. Et, surtout, heureuse d’avoir déjoué les attentes de mon agresseur, de mon fils et de ma sœur.
En effet, ils s’attendaient à ce que je le remette à sa place avec la même énergie que la sienne.
Autrement dit, à ce que je m’énerve.
Et, donc, à ce que je replonge, moi aussi, dans l’agressivité.
Autrefois, l’ancienne moi l’aurait fait. D’ailleurs, elle aurait plongé tête la première pour lui faire la leçon.
Mais, la moi que je suis devenue ne voulait plus être la cause ni le prolongement de sa colère.
À la place, je n’avais en tête qu’une chose : être utile à ce qui se jouait là,
afin de ramener la situation vers un point d’équilibre, de respect et de calme. Ainsi, je devenais son frein, son miroir apaisé.
Finalement, en deux heures de train, j’avais accompli mon rôle de coach, d’éducatrice…
Et, surtout, j’avais protégé la paix et la sérénité que j’incarnais à cet instant précis
Que signifie, pour toi, incarner la paix intérieure et laisser tes démons derrière toi ?
En partageant cette histoire, j’espère inviter chacun à envisager les conflits autrement :
avec plus de conscience, plus de compréhension, et beaucoup plus d’amour.

